Attaques terroristes du 2 mars 2018: l’Analyse de Newton Ahmed Barry

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En ces moments de dévastation, l’impératif c’est de rester lucide, froid et déterminé. Tout observateur averti qui a suivi le début des attaques terroristes dans notre pays, en avril 2015 à Tambao avec l’enlèvement du Roumain, savait que la spirale allait évoluer par palier des cibles molles aux cibles dures. Ou bien même alterner. Nous y sommes. Quelle est la prochaine étape ? La Somalisation qui consisterait dans l’immédiat à abandonner le Sahel et à se bunkeriser à Ouaga. Le « worse » scénario.

On peut légitimement s’interroger, au regard du peu de temps qu’il aura fallu au GSIM ( Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans) pour réagir et nous frapper avec une opération violente et coordonnée. Il a fallu tout au plus 2 semaines à Iyad Ag Ghali, pour monter cette opération et la conduire à son ignoble terme. Pour être aussi réactif, la seule réponse plausible c’est que nous sommes infiltrés et des réseaux coordonnés sont disséminés dans Ouagadougou et dans le pays. Cela est d’autant possible que Iyad a sous-traité certaines de ses prérogatives à deux lieutenants locaux sur l’espace sahélien. Amadoun Kouffa et son disciple Maalam Dicko principalement dans la zone du Soum. Des jeunes ont été recrutés dans ces zones et transformés en de véritables commandos djhadistes ( avec un véritable lavage de cerveau et un vrai maniement des armes) et ces gens ne demandent ni argent ni matériel sophistiqué pour intervenir.
Les images des assaillants abattus qui ont été, à tort, abondamment diffusées sur les réseaux sociaux, montrent deux choses, le caractère presque rudimentaire d’une partie de l’arsenal utilisé ; des cocktails Molotov et des kalash. À la vérité ces gens nous terrorisent plus par la « folie de leur détermination » que par la sophistication de leur arsenal.
Iyad ne nous envoie plus ses commandos arabes ou touaregs, qui auraient été faciles à détecter dans notre environnement, mais nos propres frères qui ne sont pas faciles à identifier de prime à bord. Nous sommes donc à ce tournant qui complexifie notre tâche, mais pas impossible à adresser.

Tarir la source!

Pourquoi les occidentaux, nos « alliés », ont préféré constituer sur nos territoires lointains, à plusieurs milliers de Kilomètres de chez eux, les postes avancés de lutte contre le terrorisme ? Parce que ils savent que la meilleure manière de s’en prémunir c’est de contenir les fronts aussi loins que possible. Nous, qu’avons nous fait depuis avril 2015? À la première attaque terroriste contre pays? Pour l’essentiel nous avons considéré que le Sahel est trop loin de notre horizon quotidien et qu’il ne paraît pas essentiel de s’en préoccuper outre mesure. Évidemment des contingents ont été déployés, mais davantage dans un esprit d’expédition militaire avec tout ce que cela sous entend comme attitude et a priori, qu’une véritable prise de conscience que c’est le devenir de notre quiétude nationale qui s’y jouait. En arrière plan, et pour ne rien arranger, il y avait derrière tout ça la pression forte d’une opinion publique qui enjoignait aux gouvernants de ne surtout pas envoyer « mourir les enfants du pays » pour ces terres qui ne sont pas tout à fait le Burkina. À défaut, il fallait y envoyer des « Rambo », puissamment armés avec un compte en banque bien garnit. Mourir pour la patrie n’a encore de sens que si elle est compensée par l’argent.
Alors que nous sommes absorbés par ces questions d’argent et autres contingences, les autres tissaient tranquillement leurs plans sordides. Il faut craindre qu’ils ont eu une longueur d’avance. Avec l’attaque ignoble du 2 mars dernier, ils vont nous contraindre à nous barricader à Ouagadougou et à leur abandonner totalement le nord. Ils réussiraient alors le plan qu’ils avaient rêvé, sans vraiment y croire, nous encercler dans notre propre pays.

Mais il n’est pas tard. Ce scénario n’est pas fatal. Nous avons encore, Dieu merci, les moyens de le conjurer.
Il faut se convaincre d’une chose: « si nous refusons de mourir au Sahel en patriote, nous serons tués comme des poulets à Ouaga, à Bobo ou à Tenkodogo ».
Autre chose, il y a quelque chose qui est au dessus de l’argent; le patriotisme. Si on parle encore de la bravoure des soldats Burkinabé, les devanciers des soldats actuels, en 1974 et en 1984 sur ces mêmes terres du Soum et du Sahel à l’occasion des malheureuses guerres avec le Mali, c’est pas parceque les Sankara et autres étaient grassement payés et équipés comme des rambos, mais parce que ils avaient compris que l’on vit avant tout pour sa patrie.

Il ne faut rien attendre des autres!

Si nous pensons que le G5 et la France vont nous sortir d’affaire, alors nous nous dévoyons complètement. Aucun peuple n’a été sauvé par un autre. Du reste nous Burkinabe qui avons tout sacrifié pour l’insurrection, sommes bien payés pour le savoir.
Cette épreuve aussi nous seront les seuls à le relever. Si nous sous-traitons nos responsabilités, nous acceptons d’avance d’aliéner aussi notre liberté et notre dignité.
Dans notre septentrion, il y a des compatriotes qui n’attendent qu’un vrai signal national pour s’engouffrer sur le chemin de l’honneur. Ils attendent depuis. Certains désespèrent même. Mais tous savent que « la patrie on meurt pour elle ».
Avec l’attaque du 2 mars dernier, c’est l’existence même de notre patrie qui est en cause. La réaction héroïque de nos FDS qui ont montré qu’ils savaient répondre avec panache à l’ignominie constitue un ferment sur lequel nous pouvons bâtir une riposte digne et honorable.
Honorons nos morts, ne les pleurons pas!
On ne peut pas se réclamer de Thomas Sankara et pleurer son sort: « si nous ne sommes pas capable de défendre notre patrie et de la maintenir libre, alors nous méritons que les terroristes nous terrorisent ».
Cela suppose aussi que l’on résolve les problèmes vraiment et non pas qu’on les élude. Il est quand même incompréhensible que cette affaire de militaires radiées depuis 2011, n’ai toujours pas trouvé une issue. Dans un contexte d’hostilités généralisées, on devrait avoir le souci de ne pas permettre que le rang de nos ennemis grossisse, par notre faute. Surtout que certains d’entre eux ont joué un rôle louable pour l’avènement de l’Insurrection.
Néanmoins chacun de nous est interpellé. La liberté n’a de sens que si l’Etat est solide et peut en garantir la jouissance en toute quiétude à chacun de nous. Les grévistes du MATD qui avaient occupé, en signe de défiance, la devanture de leur ministère, non loin de l’ambassade de France, quand les mitrailleuses des terroristes ont crépité, n’ont pas attendus pour prendre les murs. Sans État, il n’y a ni liberté, ni droit.
Nous sommes chacun interpellé. Laissons la faute des autres en stand-by. Si nous réinstallons la patrie dans toutes ses plénitudes, le temps des comptes ne sera jamais prescrit. Par contre si nous y échouons, la justice, la meilleure du monde, nous sera de peu d’utilité.
Je voudrais terminer par cette boutade d’un ami chef coutumier qui disait ( je transcris exactement en Moore son propos) « Run na neba yeela tib nina puka min. Lab yam nan ka puk ye », littéralement traduit « les gens d’aujourd’hui proclament qu’ils ont l’œil ouvert. Sauf qu’ils ont malheureusement l’esprit fermé ».
Dieu aide ceux qui s’aident !
NAB

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