Augmentation du prix du carburant: les explications du Premier ministère

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Le litre d’essence et de gasoil va connaitre une hausse de 75 francs CFA à la pompe à partir de ce vendredi 9 novembre 2018. Le prix du gaz butane reste inchangé.

Une augmentation justifiée au regard de l’évolution des prix sur le marché international.

La question des produits pétroliers devient de plus en plus cruciale, compte tenu de leurs poids dans la structure des coûts de production et aussi du fait de leur influence significative dans le comportement des agrégats macro-économiques.

Si les prix à la pompe sont restés bloqués au Burkina Faso depuis le mois de mai 2016, soit un peu plus de deux ans, cela est dû à un effort important du gouvernement qui assumait la contrepartie à travers la subvention.

En effet, pendant que ces prix sont restés statiques à la pompe, sur le marché international, les coûts d’acquisition du pétrole sont restés en constante hausse.

En guise de comparaison, entre le mois de mai 2016 et celui de mai 2018, la valeur moyenne mensuelle le baril du Brent est passée de 46,45% dollars US à 77,13 dollars US le baril, soit un accroissement de 66,04%.

Au mois d’octobre 2018, le Brent s’affiche à 82,09 dollars US, soit une hausse de 76,77% par rapport à mai 2016.
Le dollar US quant à lui a évolué de façon erratique entre mai 2016 et mai 2018, dégageant parfois de légères baisses dont la moyenne est de l’ordre de 4,78 francs CFA.
Cela a occasionné des manques à gagner sur la vente des produits pétroliers évalués à 73,920 milliards de francs CFA au 30 juin 2018.
A l’instar des autres pays de la sous région, les prix des hydrocarbures du Burkina Faso sont donc basés sur la moyenne des cotations de deux variables principales que sont le cours du Baril de Brent et le cours du dollar US.
Les prix des hydrocarbures à la pompe d’un mois [n] sont fixés sur la base d’une moyenne des cotations des 25 premiers jours du mois [n-1] pour le baril de Brent sur le marché international et du cours du dollar américain qui est la monnaie de référence à l’achat.

A partir de ces informations exogènes à la situation nationale, la structure des prix du mois est arrêtée.
Du fait de notre enclavement, il faut tenir compte du coût du transport et du transit pour enlever nos produits depuis les dépôts côtiers jusqu’à nos dépôts intérieurs.

Pour maintenir les prix à la pompe bloqués, l’Etat procède par une subvention qui permet de supporter l’écart entre le prix réel du marché et nos prix affichés à la pompe. Aussi, plus cet écart est grand, plus le niveau de la subvention est élevé.
De nos jours, l’Etat est à un rythme de subventions de 14 milliards de francs CFA par mois, dus à la hausse des cours sur le marché international.
Ces subventions couvrent les prix des combustibles SONABEL, le prix du DDO utilisé par les boulangeries, le prix du gaz butane et les prix à la pompe du super 91 et du gasoil.

La subvention des combustibles SONABEL permet de maintenir un prix au kilowatt heure soutenable pour les populations.
L’Etat supporte 134 francs CFA sur chaque litre de Super 91 vendu et 170 F CFA sur le litre de Gasoil. Les combustibles SONABEL (Fuel oil et DDO) sont subventionnés à une moyenne de 242 francs CFA par litre et le prix du gaz butane connait une subvention de 337 F CFA par kilogramme.

Les besoins en subventions de nos jours, sont de l’ordre de 14 milliards de F CFA par mois ; soit environ 8 milliards de francs CFA pour les prix à la pompe, 3 milliards de francs CFA pour les combustibles SONABEL et 3 milliards de francs CFA pour le gaz butane.

Depuis 2017 jusqu’à nos jours, l’Etat cumule une dette vis-à-vis de la SONABHY de plus de 240 milliards de francs CFA, du fait de ces subventions.

Le montant de la subvention pour le maintien des prix à la pompe en deçà du prix réel du marché est élevé pour l’Etat de sorte qu’il n’arrive pas à les payer.

Cette situation a engendré à nos jours, une énorme dette vis-à-vis de la SONABHY, ce qui peut compromettre l’approvisionnement normal de notre pays en hydrocarbures.

Les comptes de la SONABHY présentaient un niveau d’endettement de 134 milliards de francs CFA auprès des institutions bancaires à fin juin 2018, si fait que les banques ne sont plus prêtes à consentir un crédit supplémentaire au regard des encours déjà élevés.

Le montant cumulé de la dette de l’Etat est devenu insupportable d’autant plus que, d’autres actions prioritaires du Plan National de Développement Economique et Social (PNDES) restent en attente de financement.

A cela s’ajoutent la forte demande sociale, et l’incidence des engagements du gouvernement vis-à-vis de certains travailleurs suite à la revendication de leurs syndicats.

Dans ce cas de figure, il y a deux options possibles, soit procéder à un réajustement des prix pour permettre d’assurer la continuité des services et donc la disponibilité des hydrocarbures, soit garder les prix en l’état avec des risques de blocage sur la tendance se maintient à l’international.

Il s’agit donc pour le gouvernement de réduire l’impact de la subvention allouée à la consommation du client qui comme on le voit coûte cher à l’Etat.
Néanmoins, la hausse ne visera pas une suppression totale de la subvention de l’Etat sur la vente des produits pétroliers.
Elle sera proportionnée afin d’éviter d’exposer le consommateur à la flambée des cours sur le marché international.
La subvention est maintenue sur le prix de vente des produits SONABEL afin d’éviter un réajustement tarifaire à la hausse du coût du kilowatt heure. La subvention est également maintenue sur le prix du gaz.
A noter que le gouvernement compte prendre des dispositions pour éviter que cette augmentation n’ai un impact significatif sur les produits notamment ceux de grande consommation, cela à travers des concertations déjà entamées avec les acteurs de la chaine d’approvisionnement et de la commercialisation.

DCI/PM

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