Économie: l’État veut réduire les rémunérations des agents publics de l’Etat conformément aux recommandations de la Banque Mondiale et du FMI

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Ceci est un déclaration liminaire des syndicats de la Fonction publique prononcée lors de la conférence de presse que la coordination a organisée ce lundi 16 avril 2018

Dans son message à la nation de la fin de l’année 2017, le Président du Faso annonçait la convocation d’une rencontre sur la réforme du système de rémunération des agents publics de l’Etat. Cette annonce a été faite dans un contexte marqué par :

• L’insatisfaction des différentes couches sociales qui avaient nourri de réels espoirs d’un traitement conséquent de leurs attentes suite à l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014 ;
• Le développement des luttes des travailleurs, consécutif aux fortes attentes restées sans suite et aux nombreuses remises en cause des protocoles et autres engagements du gouvernement ;
• Les velléités de répression des luttes sociales après les tentatives vaines de diaboliser et de criminaliser les luttes des travailleurs ;
• De nombreuses luttes des travailleurs de notre pays au nombre desquelles, il faut signaler celle longue et dure des personnels de l’éducation et de la recherche. Cette lutte pour la réclamation d’un statut valorisant contenue dans la plateforme revendicative, a semblé provoquer la décision de la réforme du système de rémunération pour mettre un terme à une exigence inconcevable dans une économie libéralisée où les secteurs sociaux comme l’éducation comptent pour peu.

A ce propos, le 23 février 2018, le Premier Ministre, a reçu, à sa demande, l’Unité d’Action Syndicale (UAS) pour lui livrer la primeur de l’information sur cette question. Après avoir développé sur le caractère insoutenable de l’expansion des dépenses salariales qui handicapent le gouvernement dans les investissements en faveur du développement, il a annoncé la nécessité de mettre en œuvre l’annonce du chef de l’Etat à travers le chronogramme suivant :

* 28 février 2018 : lancement officiel de la conférence avec remise d’un document de base aux parties prenantes, document comprenant deux parties à savoir un diagnostic de la situation et des propositions de solutions. Par la suite, un délai de trois semaines sera accordé aux parties prenantes pour l’examen du document de base et la transmission de leurs propositions à un secrétariat technique qui se chargera de les synthétiser ;
* Convocation courant mars d’une Conférence nationale avec autour de la table le gouvernement, les organisations syndicales et les « forces vives de la nation » pour examiner les propositions.

En réaction à cette annonce, l’UAS a adressé le 27 février une correspondance dans laquelle elle exprime des réserves portant sur le format et le contenu de la conférence et pose la nécessité de Termes de références de la rencontre.

Le 12 mars 2018, l’UAS, par Bordereau, transmet le dossier relatif à cette question à la Coordination des Syndicats de la Fonction publique (CSFP) avec pour directive de l’analyser et de formuler la position que les organisations syndicales doivent adopter face au processus tel qu’engagé par le gouvernement.

Dans un rapport en date du 16 mars 2018, la Coordination a transmis les conclusions de sa réflexion en s’appuyant sur la correspondance de l’UAS et consistant en la non-participation des organisations syndicales au processus tel qu’amorcé par le gouvernement. Mais pourquoi cette position ?

La Coordination estime, qu’au-delà de toute attitude subjective et corporatiste, le processus envisagé via un format d’une conférence réunissant à la fois le gouvernement, les syndicats et des « forces vives de la nation », ne peut être la voie appropriée pour une discussion sereine et à même d’offrir un cadre convenable de défense des intérêts des travailleurs. En effet, la décision du gouvernement en créant un tel cadre de discussion, ne saurait être la voie indiquée pour corriger convenablement les iniquités entre travailleurs et encore moins d’apporter les réponses justes aux questions de gestion de la richesse nationale. De toute évidence, un des objectifs qu’il poursuit est d’opposer les travailleurs entre eux, les isoler et leur mettre à dos la population. C’est ce qui justifie qu’il tente de les présenter comme des apatrides qui s’accaparent de l’essentiel du budget de l’Etat. En somme, selon le gouvernement, les travailleurs du public, au regard de leurs revenus, sont les principaux responsables de la pauvreté dans notre pays. Une telle vision est très loin de la réalité et ne peut être cautionnée par nos organisations. Un autre objectif est de diaboliser les luttes syndicales en présentant les agents publics comme ceux qui s’accaparent des ressources du pays. Pour la coordination, la foire que veut tenir le gouvernement a essentiellement pour but de réduire les rémunérations des agents publics de l’Etat conformément aux recommandations de la Banque Mondiale et du FMI.

Mesdames et messieurs de la presse,

Il convient toutefois d’indiquer que les organisations syndicales ne sont nullement opposées à des discussions ni sur le système de rémunération, ni sur tout autre sujet qui touche la problématique de la gestion des ressources du pays. C’est pourquoi elles avancent l’alternative ci-après :

* Au cas où le gouvernement maintient le contenu des discussions axé sur le système de rémunération des agents publics, il est impératif que le format soit réduit au gouvernement (employeur) et aux organisations syndicales (représentants des travailleurs) ;
* Dans un second cas, s’il maintient la dynamique d’une conférence comprenant les forces vives de la nation, les organisations syndicales proposent que l’objet des débats porte sur la richesse nationale et sa gestion, une gestion largement prédatrice.

Si le gouvernement opte pour la première alternative, nos organisations syndicales iront dans ce cadre pour en faire une opportunité d’établir une plus grande équité entre les agents publics de l’Etat d’une part et d’autre part la transparence dans la gestion des deniers publics. Pour ce faire, elles œuvreront à exiger du gouvernement :

* qu’il disponibilise en préalable toutes les informations relatives aux rémunérations dans les différents budgets de l’Etat sans occulter ceux des institutions, sociétés d’Etat et établissements publics de l’Etat ;
* que les débats portent sur toutes les rémunérations servies au titre de l’Etat notamment les salaires officiels et émoluments non officiels des dignitaires ainsi que les autres aspects du train de vie de l’Etat (les fonds spéciaux du Président du Faso, du Président de l’Assemblée nationale, la gestion du parc automobile de l’Etat, la dotation en carburant, les missions couteuses à l’intérieur tout comme à l’extérieur du pays, la tenue des ateliers, etc.).
* En somme, notre participation à une telle discussion visera entre autres à défendre :
• le respect des droits acquis ;
• la cohésion des travailleurs ;
• la détermination des ratios entre les salaires les plus élevés et les salaires bas ;
• la nécessité d’une augmentation sensible des rémunérations des agents publics en liaison avec les conditions de travail et l’augmentation du coût de la vie.

Dans le deuxième cas de figure, les organisations syndicales travailleront à ce que le cadre permette d’examiner sans complaisance :
* la problématique des recettes publiques (impôts, retombées des ressources minières, exonérations, gestion du foncier et de la maitrise d’ouvrages délégués, dossiers de crimes économiques, etc. ) ;
* la problématique des dépenses publiques (coût des institutions, baux administratifs, traitement des hauts dignitaires, subventions, parc automobile de l’Etat, gestion des marchés publics, budget de l’éducation, budget de la santé, etc. )

Mesdames et messieurs de la presse,

La Coordination des syndicats de la Fonction Publique est dans la logique de recherche d’un dialogue constructif et productif dans la prise en charge des problèmes des agents publics de l’Etat et la nécessite de développer une Fonction Publique de qualité au service du développement du pays. Aussi, se donnera-t-elle les moyens de défendre comme il se doit la position juste qu’elle a dégagée sur cette question. Elle vous remercie pour votre constante disponibilité à relayer la voix du monde syndical et sur les questions qui touchent l’intérêt de notre nation.

Merci pour votre aimable attention !

16 avril 2018

Pour le Bureau de la Coordination
Le Porte-parole

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