Égypte: Paris a armé la répression égyptienne dès 2013, selon Amnesty International

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L’étau se resserre autour de la France, et de sa complicité de fait, dans la répression massive de la société égyptienne depuis la révolution de janvier 2011.

Les opérations sanglantes de maintien de l’ordre se sont soldées par des milliers de morts et de disparus, mille morts officiellement reconnus, rien que lors de la répression du 14 août 2013 à l’encontre des partisans de l’ex-président des Frères musulmans Mohamed Morsi (incarcéré depuis sa destitution en juillet 2013, condamné à la prison à vie).

Le rapport Égypte : des armes françaises au cœur de la répression

Dans son rapport Égypte : des armes françaises au cœur de la répression publié ce mardi 16 octobre, Amnesty International démontre l’utilisation de véhicules blindés français par les forces de l’ordre égyptiennes.

Pour ce faire, l’ONG a analysé des centaines de photos et vidéos prises lors de manifestations réprimées et diffusées par des médias étrangers – notamment la BBC, les agences Associated Press et Reuters – par des médias égyptiens, et par des ONG de défense des droits humains, ou par des particuliers qui ont mis en ligne leurs images sur YouTube.

La France, premier fournisseur d’armes à l’Égypte

Depuis 2011, la France a progressivement damé le pion aux États-Unis pour devenir le premier fournisseur d’armement de l’Égypte, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm. La montée en puissance des ventes, pour contribuer à la lutte contre le terrorisme, a été spectaculaire : moins de 10 millions d’euros de livraisons de matériels en 2011, 1,4 milliard d’euros en 2017.

Or ces équipements destinés au ministère de la défense ont été pour partie détournés notamment au profit du ministère de l’intérieur et de ses forces des opérations spéciales. Ce double détournement – de destinataire et d’usage – contrevient aux engagements européens et internationaux de la France sur le commerce des armes, toute autorisation d’exportation devant être refusée « s’il existe un risque manifeste » que les technologies ou équipements militaires « servent à la répression interne », comme l’affirme la position de l’UE de 2008.

Or même après la ratification du traité sur le commerce des armes en avril 2014, la France a continué à livrer des blindés en 2014 et des licences d’exportations après 2014.

Déjà en juillet 2018, le rapport de plusieurs ONG intitulé « Égypte : une répression made in France » avait signalé le détournement de l’usage des armes, et tout particulièrement l’ensemble des dispositifs de cybersurveillance de la population.

Amnesty complète donc le travail avec ces analyses d’images. La première, qui montre un véhicule blindé français faisant face aux manifestants, remonte au 5 décembre 2012. La répression fera dix morts et plus de cent blessés.

Des blindés français contre les manifestants

Les images se font plus nombreuses en 2013 et 2014, montrant l’usage par les forces de l’ordre de véhicules blindés de haute technologie, certains étant munis d’une tourelle de mitrailleuse télé-opérée, à savoir des camions MIDS et des modèles Sherpa light produits par Renault trucks defense. Amnesty estime à plus de 200 le nombre de ces engins fournis à l’Égypte entre 2012 et 2014, une partie d’entre eux étant devenue propriété du ministère de l’intérieur.

Un véhicule Sherpa arborant une plaque d’immatriculation de la police est ainsi identifié sur des images de la répression du 27 juillet 2013 contre les partisans du président Morsi destitué ; un blindé MIDS estampillé en gros du mot « police », portant une plaque d’immatriculation de la police et l’insigne des forces centrales de sécurité du ministère de l’intérieur, évolue dans les rues du Caire le 24 janvier 2014, en préparatifs de l’anniversaire le lendemain du 25 janvier 2011 qui marqua le début de la révolution.

Opacité sur les ventes d’armes

Un rapport est bien remis chaque année au parlement sur les exportations d’armement. Mais, selon Marielle de Sarnez, présidente de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationalecelui-ci « ne comporte pas d’informations de nature à permettre au parlement de contrôler la légalité des ventes d’armes », comme elle le soulignait en juillet.

Avec la croix

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