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Justice: le conseil de discipline des magistrats désavoue le président du Faso

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Le président Roch a été désavoué au sens propre du terme par les magistrats du CSM membres du Conseil de discipline. Comme nous l’annoncions hier, la volonté du président n’a pas été respectée. 
L’autorité garante de l’indépendance de la magistrature qu’il représente voulait que les activités du conseil de discipline soient mises en veilleuse au vu des écueils et des plaintes de distorsions qui se font bruyants.

Et, la meilleure manière de ne pas accorder de l’importance aura été pour les magistrats du Conseil de discipline de continuer les sessions comme si de rien n’était. Hier mardi 5 juin le conseil a entendu le magistrat Placide Nikiema en dépit de l’instruction de la présidente du CSM de sursoir.

Pourquoi les magistrats ont pris cette option qui désavoue le Chef de l’État? Nul ne le sait trop mais pour sûr quels qu’en soient les arguments sous tendant cela, la désaveu est cinglant et c’est un coup porté à l’autorité du chef de l’État. Surtout qu’il est dans sa prérogative constitutionnelle en plus d’être la tutelle administrative du CSM lequel est rattaché organiquement à la presidence du Faso.
Le malaise est devenu encore plus gros avec la suspension de sa participation aux activités décidée par un des syndicats, le SAMAB, ayant siège au niveau du Conseil de discipline et dont les raisons demeurent le non respect des décisions et les défiances écopées en pleine figure par le président du Faso et la présidente CSM.
Toutefois pour autant faudrait-il pleurer le sort de Roch Kaboré dont l’autorité est ainsi malmenée?
Certes, les magistrats qui osent s’opposer au président sont dans une posture étrange, déconcertante qu’effarante. Point d’excuse donc pour eux.
Cependant, le president Roch pourrait bien. avoir mérité tout ce qui lui arrive. En effet, on ne peut que récolter ce que l’on a semé.

Le chef de l’État a semé le MOUTA MOUTA en accumulant les incohérences et les faux fuyants ou tout simplement en se voilant la face à sa responsabilité dans certaines circonstances où il devait s’assumer et faire prévaloir l’autorité qu’il incarne pour rétablir les choses dans l’ordre.

Ne l’ayant pas fait et ayant cultivé le laisser- faire avec les siens dans la république, le dénie d’autorité, l’incivisme, la violence et l’arbitraire se sont installés tendancieusement avec une dose d’anarchie.
L’indépendance judiciaire dont se soucie le président au niveau du conseil de discipline se pose également au niveau du procès du coup d’État de septembre 2015 où la nomination des juges de tribunal est apparue illégale et anticonstitutionnelle.
Mieux, le président dudit tribunal Seydou Ouedraogo a été récusé sur des bases irréfutables. Mais bien que récusable et récusé, c’est toujours lui qui préside.

Dans ce procès le chef de l’État est cité comme témoin mais jusque là, aucun moyen de droit sérieux et convainquant n’a été présenté pour justifier le rejet de ce témoignage. Ne serait-ce que par principe et esprit de transparence politique.

Dans le même dossier putsch, non seulement des immixtions flagrantes sont dénoncées de manière tangible avec des implications n’épargnant pas si souvent Kosyam, mais également le président a nommé des officiers supérieurs en ambassade alors même que les juges en charge du dossier les avaient en ligne de mire.

Tout cet environnement d’impunité né de l’action du président lui même a installé un contexte nourrissant le sentiment de non droit et autorisant la défiance chronique de l’autorité chez presque tout le monde.

En conclusion le désaveu cinglant des magistrats au président Roch apparaît comme une rançon de sa politique de gestion à géométrie variable des questions de la justice dans le pays.

Ceci étant les magistrats se sont fourvoyés et l’acte posé demeure gravissime pour le bon fonctionnement de l’État de droit et partant de la république.
C’est pourquoi pour une fois le chef de l’État devrait tirer toutes les conséquences d’une énième situation malencontreuse dans notre justice impliquant par ailleurs son autorité.
Autrement, autant proclamer que nous vivons dans deux Républiques.
Le Soir

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