Justice: voici la lettre de Safiatou Lopez depuis sa cellule

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Ceci un écrit de l’opératrice économique burkinabè Safiatou Lopez Zongo arrêtée le 29 août dernier et écrouée en prison à la Maison d’arrêt et de correction des armées (MACA) le 4 septembre 2018 à l’endroit de l’opinion nationale et internationale.

A travers ces lignes, je voudrais vous rassurer qu’en dehors du fait que je ne puisse pas voir ma famille, ma fille et aller aux toilettes je ne suis pas maltraitée. Mais pour des raisons que j’ignore le procureur a interdit aux gendarmes de me laisser voir les membres de ma famille, ma fille de huit (8) ans et aller aux toilettes. En gros je n’ai plus le droit de mettre le nez dehors. Je suis enfermée 24H/24.

Ce n’est qu’hier (samedi 1er septembre, au 4e jour de ma détention), que j’ai été informée de ce dont on me reprochait. En effet, ce n’est que lorsque mon avocat a exigé de connaître le motif de mon arrestation avant que je ne réponde aux questions, qu’ils nous ont dit qu’un certain Mamadou Drabo, technicien en BTP, leur a confié que je voulais faire tomber le PF pour installer un militaire au pouvoir et qu’il était venu chez moi avec un Sergent et que j’ai remis 50 000 (cinquante mille), 3 fois.

En attendant d’avoir plus d’éclaircissement pour vous revenir, j’aimerais profiter remercier le Chef de file de l’opposition et tous les opposants qui sont avec lui, les organisations de la société civile burkinabè et celles de la sous-région qui n’ont pas hésité à me porter leur soutien. Grâce à votre soutien je puis dire que quelle que soit la décision du procureur, je suis soulagée et suis convaincue que quel que soit le temps que cela prendra, la relève de l’Afrique sera assurée par des personnes responsables. Le peuple burkinabè a payé un lourd tribut pour accepter repartir ainsi 20 ans en arrière sur tous les plans. Mais nous devons persévérer, acculer nos autorités actuelles à oublier leurs intérêts égoïstes et aller dans le sens des aspirations du peuple burkinabè. Notre peuple est bâillonné mais vaille que vaille nous devons arracher notre liberté d’expression garantie par notre constitution.

Aucune cellule ne pourra m’empêcher de me prononcer sur la situation nationale de notre chère patrie. C’est mon devoir de citoyenne responsable et je compte l’assumer jusqu’à mon dernier souffle. Cela fait partie des valeurs que mon défunt père m’a inculqué. J’ai confiance en cette jeunesse en ces femmes qui assureront la relève. Même s’il y a des brebis galeuses, tous ne sont pas pareils. J’en reste convaincue.

Le Président Roch Marc Christian Kaboré doit accepter regarder les choses en face, reconnaître qu’il y a trop de manquements dans sa gestion de la chose publique et rectifier le tir aussi vite que possible s’il veut finir son mandat de façon honorable. Il doit arrêter de chercher des poux sur des crânes rasés, car cela ne fait que fragiliser plus son régime. Pour ma part si ma détention peut le soulager qu’il en reste ainsi. Mais j’en doute fort.

Pour terminer, je m’en voudrais de ne pas remercier toutes la presse burkinabè et internationale pour leur mobilisation autour de mon arrestation.

PS : A toute ma base

Etant enfermée, j’ai appris que l’opposition burkinabè prévoit une marche pour le 29 septembre ; je vous exhorte à rester mobilisée. Sachez que la lutte pour le vrai changement pour laquelle nous avons perdu des camarades continue jusqu’à ce que ce changement soit une réalité pour tous les fils et filles de ce pays. Chaque citoyen doit le sentir dans son assiette, dans son bien-être. Chacun de vous a droit à une vie descente, à être bien nourri, soigné et bien vêtu.

Dieu bénisse le peuple burkinabè

Safiatou LOPEZ Fafié ZONGO

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