La sécurité au Mali, un an après l’attaque du Radisson

Le 20 décembre 2016, l’hôtel Radisson Blu de Bamako était la cible d’une prise d’otage ayant fait une vingtaine de morts. Un an après, le Mali a-t-il tiré toutes les leçons de cette attaque ? A Bamako, la capitale malienne, les avis sont partagés.

Les autorités tentent de rassurer les populations par des innovations sécuritaires introduites après l’attaque, notamment la création des Forces spéciales anti-terroristes (FORSAT).

Les contrôles de sécurité sont renforcés devant le Radisson Blu, où il est impossible de rentrer sans montrer patte blanche : le scanner pour les bagages, le portique électronique pour les visiteurs et la fouille des véhicules. En plus du blocage de la principale rue qui mène à l’hôtel.

L’une des mesures consiste à déployer de nombreux policiers et gardes armés autour de cet établissement hôtelier. Au moment de l’attaque, il n’y avait que des vigiles employés par une société de gardiennage.

Dans l’hôtel Radisson Blu, des agents disent toujours être sous le choc et ont refusé de nous parler.

 »Il y a des défaillances sécuritaires »

 »Après l’attaque du Radisson, nous avons renforcé le dispositif sécuritaire à Micasa. On a mis des blocs de béton armé à l’entrée. Nous avons aussi reçu l’aide de l’Etat, qui a mis des policiers à l’intérieur et à l’extérieur de l’hôtel », explique Ibrahim Cissé, le chef du service chargé de la sécurité dans cet établissement hôtelier.

 »Avant l’attaque du Radisson, il n’y avait pas de policiers, mais seulement les agents d’une société de gardiennage. On a aussi augmenté le nombre de caméras de surveillance », ajoute M. Cissé.

Les banques, comme les hôtels, tentent aussi de renforcer les mesures sécuritaires depuis un an.

 »Cela engendre de nouvelles dépenses. Mais c’est le prix à payer, affirme Ibrahim Cissé. Augmenter son dispositif sécuritaire nécessite des coûts énormes (…) Mais les mesures sont très rassurantes, c’est la raison pour laquelle les clients viennent encore ici », assure le responsable de la sécurité de l’hôtel Micasa.

Des Maliens interrogés par BBC Afrique estiment que l’attaque du Radisson Blu a engendré une prise de conscience à Bamako.  »Elle est la preuve qu’il n’y avait pas d’équipements pour la sécurité. Maintenant, le Mali est en train de s’organiser (…) On ne résout pas les problèmes d’un seul coup. Les Maliens n’ont qu’à patienter », commente un habitant de Bamako.

D’autres estiment que les leçons de l’attaque de l’an dernier, dans la capitale, n’ont pas été tirées. La preuve, selon eux, c’est la récente attaque de Banamba, une commune située dans le centre du pays. En plus d’autres actes de banditisme, à Bamako.

A Banamba, les assaillants ont permis à 21 prisonniers de s’évader.

 »Ils n’ont pas tiré les leçons parce que l’insécurité est totale. Des gens viennent attaquer Banamba et d’autres localités. Il y a des défaillances sécuritaires », s’inquiète un autre Bamakois.

De nouvelles mesures sécuritaires ont été prises à la suite de l’attaque du Radisson, selon les autorités maliennes.

Le général Salif Traoré, ministre de la Sécurité, affirme que dans cet établissement hôtelier,  »il y a une unité spéciale de la police, une unité de la gendarmerie et une unité de la garde nationale ».

 »Il faut que les bandits se sentent traqués »             

 »La sécurité peut être améliorée. C’est ce qui nous a amenés à créer une force spéciale antiterroriste, qui est rattachée au ministère de la Sécurité. Cette force dispose d’un commandement unique et d’un mode opératoire unique. Ses agents s’entrainent tous les jours. Forcément, ça donne beaucoup plus de confiance… » assure le général Traoré.

Pour assurer la sécurité des populations, les autorités maliennes ont créé  »un pôle judiciaire spécialisé » et  »une brigade d’investigation spéciale » chargés essentiellement de la lutte contre le terrorisme.

A Bamako, davantage de caméras ont été installées pour assurer la surveillance des endroits dits sensibles, comme le palais de la République, les autres édifices publics et les ponts reliant plusieurs parties de la ville.

Les pouvoirs du centre de commandement de la police de secours sont également renforcés.  »Ce centre a maintenant le pouvoir de mener une opération, de la coordonner et d’exiger un compte-rendu en temps réel », souligne son directeur, le commissaire divisionnaire Moussa Haidara.

Mais l’efficacité des forces dépendra de leur capacité d’anticipation, selon Ousmane Kornio, un expert en prévention et gestion des crises et de l’insécurité.  »Il faut être assez mobile, assez présent, pour que les bandits se sentent traqués. Il ne faut pas attendre qu’il y ait une attaque pour réagir et faire des enquêtes. C’est la médecine après la mort. On constate maintenant une forte mobilité des forces sur le terrain, surtout à Bamako », signale M. Kornio.

Les dispositifs sécuritaires seront améliorés davantage, en prélude au sommet Afrique-France prévu les 13 et 14 janvier 2017. Une quarantaine de chefs d’État et de gouvernement africains et français sont attendus à cette réunion.

source: BBC

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