Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou: 29 évasions en six ans

Dans leur parution du mardi 25 juillet 2017, nos confrères du Courrier confidentiel sont revenus sur l’évasion de Charles Duallio et bien d’autres par ricochet. 

L’évasion du détenu Charles Francis Duallio, doublement condamné à 36 mois et 55 mois pour abus de confiance portant sur un montant de plus de deux milliards de francs CFA, continue de susciter des interrogations au sein de l’appareil judiciaire. En six ans, c’est la 29éme évasion de la plus grande prison du Burkina, la maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou. Le 11 juillet 2017, trois enquêtes ont été ouvertes sur les circonstances de cette cavale.

«Cette évasion ne va pas rester impunie. C’est le moment de donner des exemples .On ne peut plus continuer ainsi !». Le Directeur Général de la garde de sécurité pénitentiaire (GSP) l’inspecteur Geoffroy Yogo ,ne cache pas son amertume après l’évasion du prisonnier Charles Francis  Duallio. Le 10 juillet dernier, il a suspendu de ses fonctions, le directeur de la maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou ( MACO), l’inspecteur Fousseini Ouedraogo. Ce dernier a finalement été limogé en conseil de ministres le 12 juillet au profit de l’inspecteur Claude Ouedraogo. Le chef sécurité, l’inspecteur Jean Baptiste Yaméogo, a été également relevé de ses fonctions .De même que l’assistant GSP Ali Bandé (et non issa bande comme nous l’avons écrit dans notre précédente édition) .C’est ce dernier qui accompagnait le détenu Duallio.

Trois enquêtes parallèles ont été ouvertes pour comprendre et situer les responsabilités .Une enquête interne est ainsi pilotée par le Directeur Régional de la GSP près de la cour d’appel de Ouagadougou, l’inspecteur Abdoulaye Sidibé, et une autre par l’inspecteur General des services du ministère de la justice. Le procureur du Faso près le tribunal de grande instance de Ouagadougou tente également de comprendre les faits. A ce stade ,on sait seulement que c’est à 21h, le jour de l’évasion, que le premier responsable de la GSP a été informé. Les autres forces de sécurité (police nationale et gendarmerie) n’ont pas été alertées et mises à contribution; ce qui aurait permis de contre-carrer une éventuelle fuite hors du pays .

Autre élément perturbant : l’autorisation qui a été signée par un substitut du procureur accordait une sortie le lundi 10 juillet au lieu de samedi 8 juillet pour les soins à l’extérieur de la MACO. Les différentes enquêtes devraient permettre d’en savoir les raisons.

En attendant, cette évasion de Charle Francis Duallio rappelle d’autres évasions. En 10 ans, c’est la troisième évasion à la maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) qui soulève des vagues . Il y a eu le cas, le 18 octobre 2014, de Moussa Diakite dit « Balla le pétrolier » et de Amédée Zongo. Ils ont utilisé les tuyaux d’évasions des eaux pour s’enfuir. Amédée Zongo a été par la suite repris et incarcéré cette fois à la prison de haute sécurité. Après son jugement pour évasion, il ne sera libérable qu’en 2033 . Son complice Moussa Diakite dit « Balla le pétrolier » est toujours en liberté. En juin 2007, le capitaine Diapagri Luther Ouali, condamné à 10ans pour  tentative de coup d’Etat, a réussi à s’évader. Il n’a plus rejoint sa cellule à la MACO après avoir obtenu une permission de sortir pour remplir les formalités administratives de sa pension de retraite .Il n’a jusque-là pas été retrouvé.

En 2007, le détenu Inoussa Sana alias Salif Traore, un évadé de la maison d’arrêt de correction de Tenkodogo, lui, avait pensé avoir eu une idée pour se la couler douce. Après avoir utilisé une boîte de sardine pour se blesser au ventre avant d’être évacué à l’hôpital pour une intervention chirurgicale, il profite de son hospitalisation pour s’évader. Mais son évasion ne durera que 48 heures. Evadé le 4 juin 2017, il est rattrape et réintégré à la MACO le 6juin. Au total, de 2012 à juillet 2017, 29 évasions ont été enregistrées à la maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou. De ces évadés, seulement trois ont été repris. Fait notable, en 2015 la plus grande prison du Burkina n’a pas connu d’évadés. Selon plusieurs gradés de la GSP, les détenus profitent généralement d’une autorisation médicale pour des soins à l’extérieur de la prison pour prendre la poudre d’escampette. Ou lors des corvées décidées par la commission d’application des peines. Les détenus condamnés ou qui risquent de longues peines ont toujours une intention de s’évader, explique pour sa part le directeur régional de la GSP près la cour d’appel de Ouagadougou, l’inspecteur Abdoulaye Sidibé. « Si l’on applique des règles de réinsertion et de respect des droits de l’homme, il y aura toujours des évasions. Mais dans tous les cas, il est toujours bon de situer les responsabilités et de savoir si tous les actes ont été posés légalement  », commenté un GSP. Une observation qui semble avoir été prise  en compte dans l’affaire Charles Francis Duallio.

Atiana Serge Oulon, Courrier confidentiel du 25 juillet 2017.



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