Vente des actions de l’ONATEL SA : l’UPC estime que cette vente des actions de l’ONATEL SA était inopportune

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Ceci est un communiqué de presse du Secrétariat national chargé de la politique de la communication, des NTIC et de l’économie numérique de l’Union pour le progrès et le changement (UPC).

Le gouvernement burkinabè a annoncé, par voie de presse, sa décision de vendre à Maroc Télécom, une partie des actions que l’Etat détient dans la société ONATEL SA, société dans laquelle Maroc Télécom est déjà l’actionnaire majoritaire. Le volume des actions cédées équivaut à 10% du capital de la société.

Tout comme la majorité des citoyens burkinabè qui suivent les actions du gouvernement, l’Union pour le Progrès et le Changement a été quelque peu surprise par cette annonce. Cela d’autant plus que le gouvernement n’a pas donné des explications claires et précises sur cette décision de céder ses actions à Maroc Télécom. Au regard du caractère hautement stratégique du secteur des télécommunications, l’UPC s’interroge sur les raisons qui ont poussé le gouvernement à céder ses actions. Quelles peuvent être les avantages d’une telle décision pour le Burkina Faso ?

Il faut rappeler que la société ONATEL SA qui était auparavant une société d’Etat, a été privatisée en 2006. L’opération de privatisation a été marquée par un contrat de cession des actions à hauteur de 51 % entre l’Etat burkinabè et Maroc Télécom. Ce contrat stipulait en ses articles 6 et 7 que Maroc Télécom s’engageait à sauvegarder les emplois, à créer des emplois, à investir et à parachever le processus de couverture nationale du réseau téléphonique.

L’Etat burkinabè, qui détenait alors 49% des actions, a par la suite cédé une partie de ces actions équivalant à 20 % du capital à des privés burkinabè, et devait aussi l’équivalent de 6% du capital aux travailleurs de la société. A ce jour, cette cession n’a pas eu lieu. Pire, il vient de vendre l’équivalent de 10% du capital de ses actions à Maroc Télécom pour ne retenir désormais que 13 % des actions de l’ONATEL SA.

Cette opération s’est faite de manière furtive, sans une communication appropriée et encore moins une explication convaincante. C’est le reflet d’un certain embarras de la part du gouvernement. Il est donc normal de s’interroger sur l’opportunité d’une telle action.

S’agit-il d’une opération purement financière ? Nous en doutons car cela voudrait dire que notre Etat est dans une difficulté financière telle qu’il brade une partie du patrimoine national pour quelques malheureux milliards. Or c’est le même gouvernement qui nous a claironné ici qu’il a récolté 18.000 milliards pour financer son PNDES dont on peine du reste à voir les résultats. S’agit-il de faire plaisir au Royaume du Maroc en vue d’obtenir son soutien lors des futures échéances électorales qui s’annoncent déjà perdues pour le MPP ?

Faut-il voir là un manque d’intérêt du gouvernement MPP pour un secteur aussi stratégique que celui des télécommunications ?

Déjà majoritaire dans la société, Maroc Télécom n’a nullement besoin de monter à 60% du capital pour avoir les coudées franches dans la gestion de la société. Le seul intérêt de l’opération, c’est donc de renforcer sa part dans la distribution des dividendes futures.

L’UPC, en tant que parti social-libéral, n’est pas à priori contre le désengagement de l’Etat du capital d’une entreprise publique. Notre vision de l’économie est qu’il ya des secteurs marchands où le secteur privé doit jouer résolument le rôle moteur. Mais pour les secteurs stratégiques, nous plaidons pour une présence de l’Etat. Or, avec ces cessions successives des actions de l’Etat, c’est un retrait pur et simple de l’Etat qui se dessine. Ce que vient de nous servir le gouvernement social-démocrate du MPP, n’est rien d’autre que de l’ultra libéralisme.

Les conditions de cette cession posent problème. Si l’Etat ne veut pas de ses actions, les épargnants burkinabè en veulent. Un tel désengagement de l’Etat était une occasion rêvée pour rendre de nombreux citoyens burkinabè « propriétaires » de « leur » Onatel. En choisissant un arrangement « mouta mouta » avec Maroc Télécom, en lieu et place d’une ouverture du capital aux citoyens burkinabè « lambda », le gouvernement a fait un bradage du patrimoine national.

C’est fort de cela que notre parti exige de l’Etat qu’il cède dans les meilleurs délais au personnel de l’Onatel la part qui lui revient (6%). Cette entrée du personnel dans le capital de l’Onatel est en droite ligne avec les prescriptions de l’économie moderne de marché et les convictions de l’UPC. Le capitalisme moderne est un capitalisme populaire, dans lequel les petits épargnants accèdent au capital des entreprises par le biais d’achat d’actions anonymes sur les places financières. C’est cette socialisation du capitalisme qui lui a permis de survivre et de continuer à prospérer, là où les systèmes qui se réclamaient des idéologies du socialisme se sont effondrés les uns après les autres et ont été obligés de faire le virage libéral.

Les déclarations des syndicats de l’Onatel laissent entendre que la société Maroc Télécom n’a pas tenu ses engagements vis-vis de l’Etat burkinabè tel que convenus dans le contrat de cession. Ils reprochent notamment à Maroc Telecom de n’avoir pas réalisé les investissements nécessaires au développement de la société, de n’avoir pas développé l’emploi. Si ces accusations sont fondées, elles posent problème car l’une des raisons avancées pour privatiser l’ONATEL en 2006 était la recherche d’un partenaire stratégique capable d’apporter l’investissement nécessaire au développement de la société.

L’UPC demande à l’Etat de faire le point sur le respect de ces engagements contractuels et de veiller à ce que les éventuels manquements soient corrigés. Dans cette situation, seule une présence forte de l’Etat au capital pourrait garantir que ces corrections se fassent. Le silence de l’Etat suite aux accusations des syndicats ne se justifie pas car il existe un comité de suivi du contrat de cession qui a été mis en place depuis la privatisation de l’ONATEL SA en 2006. Ce comité peut donc, à tout moment, situer les uns et les autres.

Nous assistons manifestement à une fuite de responsabilité du gouvernement de Roch Marc Christian KABORE, qui, au lieu de veiller à ce que les intérêts de l’Etat burkinabè soient préservés, préfère se désengager en vendant 10% de ses actions à cette même société qui n’aurait pas respecté ses engagements. Et ce, au moment où le même gouvernement, à travers des discours démagogiques, dit œuvrer au développement du secteur des TIC.

Au regard de ces faits, l’UPC est en droit d’estimer que cette vente des actions de l’ONATEL SA était inopportune. Elle considère cet acte comme un abandon programmé de la société ONATEL SA, qui est censé être le fleuron des TIC au Burkina Faso, toute chose susceptible d’exposer davantage les usagers des services de l’ONATEL à une mauvaise qualité des services.

L’économie de marché a des règles. Ce n’est pas et ce ne doit pas être une économie mafieuse ! C’est fort de cela que l’’UPC se joint au Syndicat National des Télécommunications (SYNATEL) pour interpeler le Président Roch Marc Christian KABORE et son gouvernement sur la nécessité de préserver les intérêts de l’Etat et de garantir un meilleur service de télécommunication aux populations. Cela relève de son devoir et de sa responsabilité. Le secteur des télécommunications doit être une priorité pour le gouvernement, et non une vache à lait pour nourrir le PNDES, ou un instrument de quête d’un soutien politique du Royaume du Maroc.

Ouagadougou, le 30 avril 2018
Pour le Bureau politique national de l’UPC, 
Le Secrétariat national chargé de la politique de la communication, des NTIC et de l’économie numérique

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